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La nouvelle de la publication en 1701 du Dictionnaire
universel de Furetière revu
et corrigé par Basnage
suscite en France une vive réaction. Dès 1701, et avant
même que le Dictionnaire de Basnage
n'arrive en France, les Mémoires de Trévoux, périodique
dirigé par les Jésuites et publié à Trévoux
par E. Ganeau, annoncent la préparation à Paris d'une
nouvelle édition du Dictionnaire universel de Furetière,
expurgée de tout le contenu "hérétique "
introduit par Basnage dans son édition. Sous la protection du
Duc de Maine, et avec la caution morale apportée par les Jésuites,
l'imprimeur Etienne Ganeau obtient l'autorisation de publication du
nouveau Dictionnaire universel, contournant ainsi le monopole
de l'Académie française en matière lexicographique.
Le Dictionnaire universel français et latin, connu
depuis sous le titre de Dictionnaire de Trévoux,
paraîtra finalement en 1704.
Le Dictionnaire de Trévoux passe totalement sous
silence la paternité de Furetière et le travail de correction
de Basnage; il se présente comme un livre neuf, conçu
et réalisé par des savants sans nom, éloignés
de toute forme de controverse et de polémique. Il est vrai que
le Trévoux ajoute des mots à la nomenclature de
base, il introduit aussi les équivalents latins de certains mots
français, de même que quelques citations supplémentaires,
mais pour l'essentiel les articles sont identiques: les définitions,
les exemples, les citations, l'ordre interne des articles sont scrupuleusement
respectés. Pour ce qui est de la présence du latin, elle
se limite à des équivalences de sens, non systématiques,
et à un glossaire latin-français assez succint en fin
d'ouvrage.
Mais le travail le plus important des auteurs du Trévoux
consiste à nettoyer le dictionnaire des nombreuses traces de
protestantisme. On introduit des articles consacrés aux sectes,
on élimine toute allusion controversée à l'église,
on introduit de nombreuses considérations sur la liturgie et
la hiérarchie ecclésiastique, sans oublier de prendre
la défense des institutions monarchiques et nobiliaires de l'absolutisme.
Il est vrai que ces corrections ne sont pas systématiques et
que de nombreux éléments polémiques substistent,
mais le Dictionnaire de Trévoux ouvre ainsi la voie d'une
manipulation idéologique de la forme dictionairique.
Cette contrefaçon hâtive de 1704 ne doit pourtant
pas cacher l'importance du Dictionnaire de Trévoux dans
l'histoire de la lexicographie du XVIIIe siècle. Le Trévoux
sera réédité en 1721, 1732, 1742, 1752 et 1771,
après l'explusion des Jésuites. Ces éditions, à
commencer par celle de 1721, sous la responsabilité du père
Souciet, accroissent considérablement la nomenclature en introduisant
du vocabulaire spécialisé et enrichissent l'information
par des contenus de type encyclopédique. Leur dimension polémique
subsiste pourtant, mais déplace le terrain de bataille sur le
domaine philosophique, notamment dans les dernières éditions,
contemporaines de l'entreprise encyclopédique de Diderot
et d'Alembert. Il n'en reste pas moins que les Trévoux
contituent une référence majeure pour le siècle
des Lumières, et une source non négligeable pour les dictionnaires
de l'époque, y compris pour l'Encylopédie.
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- Bernard Quemada, Les Dictionnaires du français moderne,
1539-1863, étude sur leur histoire, leurs types et leurs méthodes,
Paris - Bruxelles - Montréal, Didier, 1967.
- Alain Rey, Antoine Furetière imagier de la culture classique,
introduction au Dictionnaire universel d'Antoine Furetière,
Paris, Le Robert, 1978.
- Marie Leca-Tsiomis, écrire lEncyclopédie :
Diderot, de lusage des dictionnaires à la grammaire philosophique,
Oxford, Voltaire Foundation, SVEC, 1999.
- http://gallica.bnf.fr
- http://www.univ-lyon3.fr/siehldaweb/trevoux
- http://www.chass.utoronto.ca/~wulfric/siehlda/dicta1998/ilt.htm
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