Dictionnaire Universel
Contenant généralement tous les mots François tant vieux que modernes,
& les termes de toutes les Sciences & des Arts.

Recueilli et compilé par Messire ANTOINE FURETIèRE, Abbé de Chalivoy, de l’Académie Françoise,
A Rotterdam, 1690.


Antoine Furetière
, abbé de Chalivoy et académicien, conçut et réalisa un projet qui dépassait tous les lexiques publiés jusque là, y compris le plus récent et le plus important de l'époque, le Dictionnaire français de Richelet. Il s'agit de son Dictionnaire Universel, dictionnaire de langue de grande ampleur, intégrant la langue populaire et la langue ancienne, et ouvert en même temps à la langue des sciences et des arts. Mais cette entreprise colossale s'inscrit dans une importante polémique opposant Furetière à l'Académie Française, qui accusa l'académicien d'avoir pillé les travaux préparatoires de son propre dictionnaire.

L’Académie travaillait depuis 1637 à l’élaboration d’un Dictionnaire pour lequel elle avait obtenu un privilège exclusif, c’est-à-dire le monopole total de la production lexicographique jusqu’à vingt ans après la publication de l’œuvre en préparation. Furetière, élu académicien en 1662, à l’âge de 43 ans, manifeste aussitôt son enthousiasme pour cette entreprise. Mais, constatant la lenteur du travail académique, il commence de son côté à préparer un ouvrage lexicographique différent, en principe, de celui de l'Académie, puisqu'il serait consacré aux termes des arts et des sciences. Il obtient même un privilège pour cette édition, c'est-à-dire une autorisation royale d'édition.

Mais le conflit éclate quand Furetière fait paraître, en 1684, les Essais d'un dictionnaire universel, petit ouvrage dans lequel l'auteur annonce la préparation d’un dictionnaire fort différent de celui de l’Académie, mais où l'on constate, parmi les articles effectivement consacrés aux sciences et aux arts, la présence de mots de la langue usuelle. L'auteur est alors accusé d’avoir plagié le travail de l’Académie et on ne tarde pas à le chasser de la savante institution. Furetière répond aux nombreuses attaques dont il est l’objet par divers écrits où il fait sa propre apologie en même temps qu'il expose ses convictions en matière de lexicologie.

Malgré quelques tentatives de compromis entre Furetière et l'Académie, le conflit ne connût pas d'issue favorable. Le royaume n'accepta pas la publication du Dictionnaire universel, et Furetière, secouru par Pierre Bayle, dut confier l'édition des trois volumes de son ouvrage à des libraires hollandais. Il mourut en 1688, dans la colère et la déception, sans avoir eu le plaisir de voir édité son dictionnaire, qui parut finalement à Rotterdam et à La Haye en 1690.

Le principal mérite de son ouvrage est la richesse qui en fait l’un des meilleurs instruments de travail lexicographique du XVIIe siècle. Le Dictionnaire universel est une véritable somme linguistique du temps, d'où aucun mot n'est, en pricipe, proscrit, ce qui implique l'inclusion systématique des mots du travail, du savoir-faire et des techniques. Malgré le purisme affiché par Furetière, qui avait une idée très précise de la fonction du dictionnaire, il se montre essentiellement comme un témoin de la langue de son temps, non pas dans l’exhaustivité, il y a dans son dictionnaire certaines lacunes (il y manque des termes qui apparaissent dans le Dictionnaire français de Richelet et dans le Dictionnaire de l’Académie). Mais dans l’ensemble, le recueil de Furetière est plus complet que celui de ses concurrents. En général, les définitions sont courtes et précises, et la volonté de l'auteur essentiellement didactique. L'ouvrage multiplie les exemples, les applications, les preuves et les réfutations. Les termes techniques (arts, sciences et métiers) occupent une place importante dans l’ouvrage, et en particulier les termes médicaux, qui constituent plus de la moitié du vocabulaire spécialisé. La richesse des termes techniques explique qu’il ait été utilisé au XVIIIe siècle comme source d’information, entre autres, pour le Dictionnaire de Trévoux. Ajoutons pour conclure que les mots de Furetière sont accompagnés de l’étymologie que le XVIIe siècle était en mesure de fournir, ce qui n’est pas sans mérite pour l'époque.




POUR EN SAVOIR PLUS…


  • Ferdinand Brunot, Histoire de la langue française, Paris A. Colin, 1913-1927. Réédition, 1966.
  • Bernard Quemada, Les Dictionnaires du français moderne, 1539-1863, étude sur leur histoire, leurs types et leurs méthodes, Paris - Bruxelles - Montréal, Didier, 1967.
  • Alain Rey, “Antoine Furetière imagier de la culture classique”, introduction au Dictionnaire universel d'Antoine Furetière, Paris, Le Robert, 1978.
  • Marie Leca-Tsiomis, écrire l’Encyclopédie : Diderot, de l’usage des dictionnaires à la grammaire philosophique, Oxford, Voltaire Foundation, SVEC, 1999.
  • Jean Pruvost, Les Dictionnaires de Langue française, Paris, Puf, coll. “Que sais-je?”, 2002.
  • http://gallica.bnf.fr